de Ursula Meieravec Léa Seydoux, Kacey Mottet Klein, Martin Compston...
CINÉMA STAR / DURÉE 1H37 - 2011 - Dolby Stéréo SR
Simon, 12 ans, emprunte l’hiver venu la télécabine qui relie la plaine industrielle où il vit seul avec sa soeur Louise, à l’opulente station de ski qui la surplombe. Là-haut, il vole les skis et l’équipement des riches touristes qu’il revend ensuite aux enfants de son immeuble pour en tirer de petits mais réguliers bénéfices. Louise, qui vient de perdre son travail, profite des trafics de Simon et devient de plus en plus dépendante de lui…
Après nous avoir impressionné avec Home (2008) qui décrivait la survie paranoïaque d’une famille en bord d’autoroute, Usrsula Meier quitte l’horizontalité de la plaine pour la verticalité montagnarde. Son enfance jurassienne est à l’origine de cette fiction qu’elle a voulue ancrée dans la réalité socio-économique des stations de ski. Ainsi la réalisatrice nous fait pénétrer, par l’intermédiaire de son intrépide Simon, dans l’envers d’un décor fastueux réservé à une clientèle aisée, pour décrire ce sur quoi il repose : circulation de l’argent liquide, exploitation de travailleurs “invisibles“, cloisonnements par catégories de revenus… Ce regard inédit sur la montage, qui n’est ni héroïque ni attendrissant fait de L’enfant d’en haut un film à la croisée de la chronique sociale et de la fable contemporaine. La réalité des rapports humains y est décrite dans une topographie précise qui tend le film vers le conte : entre la vallée, industrieuse, morne, réduite à quelques espaces dont une tour d’habitation grisâtre, et les hauteurs de la station de ski, les espace prennent valeur de symbole dans le parcours initiatique du jeune Simon. Aux côtés d’une Léa Seydoux surprenante en post-ado paumée, Kacy Mottet Klein (déjà vu dans Home) fait des merveilles et porte à lui seul ce film surprenant de bout en bout.
CE QUI NOUS A FAIT CRAQUER
Même si L’Enfant d’en haut prend des allures de conte, Ursula Meier n’essaye pourtant jamais de “transformer“ des montagnes qu’elle connait bien, mais utilise la stricte réalité de celle-ci. Comment se rendre invisible aux yeux des skieurs? Comment se déplacer incognito ? Comment dissimuler des objets volés ? Comment se faire passer pour quelqu’un d’autre ? Comment trouver des cachettes ?... Tous les subterfuges de Simon sont réalistes. Ce sont ces actes et la répétition de ceux-ci, la jeunesse de son auteur, son tempérament et l’aisance avec laquelle il vole qui plonge le film vers l’irréalité. Car quelque chose “cloche“ dans ce film-là. Entre les agissements de Simon et le rapport fusionnel avec sa soeur, il y a une pièce manquante. C’est tout le film qui est ainsi bâti sur un non dit, sur un truc qui ne peut plus durer. Tout comme le petit trafic de Simon qui un jour risque de se retourner contre lui.
C’est donc une histoire dangereuse qu’Ursula Meier nous file entre les mains, une grenade qu’on a hâte et redoute de voir éclater.